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Carnets de route-La Birmanie

  Inthas, les fils du Lac Inle







Il est un endroit magique, à l’est du Myanmar (l’ancienne Birmanie), à 700 kilomètres au nord de Yangon (l’ancienne Rangoon) dans les montagnes Shan, proches de la Chine et du Laos : le lac Inle.

Situé à 800 mètres d’altitude, entouré de montagnes, le lac de plus ou moins 12000 hectares est habité par une centaine de milliers d'habitants, les Inthas (Fils du lac), répartis en plus de 70 villages, beaucoup sur pilotis. Ils pratiquent la pêche avec des nasses et la culture  hydroponique, c'est-à-dire sous forme de jardins et champs flottants, l'une des grandes curiosités du lac.

Le jour se lève sur le village de Nyaung Shwe, Nous sommes, Brigitte et moi au bord du canal qui relie le village au lac. Nous prenons une de ces pirogues au moteur pétaradant et nous nous dirigeons vers le lac, dans la froideur et le brouillard du petit matin. Ici tout se fait par bateau et nous croisons de nombreuses pirogues chargées de marchandises et de villageois se rendant au marché, appartenant aux tribus shan, Kachin, Mon,.

L’horizon s’élargi soudain : magnifiées par les premiers rayons du soleil qui traversent la brume stagnant à la surface du lac, les premières silhouettes des pêcheurs Inthas apparaissent.

Dans une lumière de rêve pour un photographe, les pêcheurs évoluent autour de moi, équipés de leurs nasses et de leurs tridents. Dans le lointain, d’autres scènes de la vie lacustre  font crépiter mon boîtier…

Avec une si faible profondeur (plus souvent 1 m que 5), les poissons se révèlent parfaitement visibles. Les Inthas ont imaginé une sorte de nasse en forme de cône qu'ils plaquent à l'endroit où ils ont repéré du poisson. Il suffit alors, avec un trident, de piquer  les poisons et de les faire remonter dans la nasse. Cette opération nécessitant évidemment plus que deux mains (le trident, la nasse, la rame), les pêcheurs pensèrent alors à utiliser adroitement l'une des jambes pour faire manœuvrer la barque. D'ou cette posture particulièrement originale pour ramer, unique au monde et, avec raison, si célèbre.

Cap vers un marché au bord du lac en passant par le dédale des villages lacustres et des jardins flottants où notre piroguier s’est quelque peu perdu… Cela nous donne le temps de voir le travail des jardiniers Inthas qui pratiquent la culture hydroponique. Les Inthas découpent en bandes d'une quinzaine de mètres de long sur 2 mètres de large les masses de végétaux, algues, jacinthes d'eau, herbes aquatiques mêlés sur une hauteur de 1 m environ, qui se sont formées au fil des ans sur les rives et les tirent dans le lac. Ils les recouvrent alors de terre et de boue qu'ils ensemencent.

Les marchés autour du lac Inle ont lieu en alternance tous les 5 jours.

Nous accostons au marché animé de Khaung Daing. Les habits traditionnels des vendeuses des tribus Shan, Inthas, Pa'o, reconnaissables à leur tunique noire et leur ruban rouge sur la tête,  les marchandises étalées sur le sol, forment un kaléidoscope de couleurs, d’odeurs épicées…Nos profils d’occidentaux dépassent d’une tête la foule compacte des élégantes silhouettes des femmes birmanes qui évoluent  dans les allées du marché.  Mes séries de clichés s’enrichissent de quelques beaux portraits de femmes Shan et Pa’o  assises à même le sol au milieu des monticules d’épices, de légumes parfois inconnus et de poissons du lac Inle




Malheureusement des menaces grandissantes pèsent sur le lac Inle dont la superficie a diminué  de plus d’un 1/3 depuis 1935 et le phénomène s’accélère ces dernières années. En cause l’explosion démographique et la  nécessité croissante d’irrigation,  la déforestation environnante, l’augmentation exponentielle du tourisme et donc la construction de nombreux hôtels.

L’absence de traitement des eaux usées qui se déversent dans le lac, l’utilisation croissante d’engrais chimiques pour augmenter la production des jardins flottants entraînent une eutrophisation de l’eau et la prolifération des jacinthes d’eau.

Il faut espérer que le gouvernement jusqu’ici peu actif dans le domaine de l’écologie prenne conscience au moins de la valeur
économique de ce site unique et agisse en conséquence : il n’est pas trop tard mais il est temps !



TERMINAL SUD

La route du Sud, passage d’un continent à l’autre, les vents de sables… la faim… l’immensité du désert…, à chaque automne, rien n’arrête les innombrables cohortes du peuple migrateur poussés par une force irrésistible.

But ultime après la souffrance de cette périlleuse traversée, le delta du fleuve Sénégal avec les 16000 ha  intégralement protégés du Parc National du Djoudj, constitue un havre inespéré pour plus de 3 millions d’oiseaux venant du paléarctique.
Le delta du Sénégal, le delta intérieur du Niger et le bassin du lac Tchad sont les trois plus importantes zones humides en bordure du Sahara rencontrées par les oiseauxmigrateurs sur la route occidentale.

Le Djoudj figure en bonne place sur la liste des « théâtres sauvages »
où j’aime me « fondre »,  avec mes objectifs, pour assister aux plus merveilleux spectacles que la nature puisse offrir…

A pied, en pirogue ou en voiture, dans l’immense chevelure du delta, les acteurs ne manquent pas :

- le « Grand Lac » avec ses concentrations fabuleuses de canards européens mais malheureusement en forte diminution   depuis les  400.000 individus recensés en 2000
- le marigot du Djoudj avec ses 15000 pélicans blancs nicheurs constitue l’attraction majeure du parc
- l’envol assourdissant de 50.000 dendrocygnes veufs effrayés par l’arrivée d’un busard…










Et partout une abondance extraordinaire de limicoles, de grands échassiers sans oublier les magnifiques grues couronnées.

Ce qui me fascine, c’est la coexistence de l’avifaune européenne avec les oiseaux dits « éthiopiens »c'est-à-dire nichant dans le delta du Sénégal ou une région africaine voisine sans que des mouvements de migrations soient observés.
Ainsi des bandes mêlées de spatules africaines et européennes pêchent, volent  et dorment ensemble sans animosité.
Il est amusant de voir le minuscule bécasseau minute, venu de sa toundra natale, picorant la vase entre les pattes des grandes grues couronnées !

A total plus de 366 espèces d’oiseaux ont été observées au Doudj.

Si la grande faune a disparu depuis longtemps les phacochères, quelques gazelles Dorcas et à front roux, les chacals et les singes patas sont toujours présents.
Côté reptiles on peut rencontrer le python de Seba, le plus grand serpent africain pouvant atteindre plus de 6 mètres.

Classé au patrimoine mondial de l’humanité, ce site a bénéficié de l’aide de plusieurs ONG et du Land Rhénanie du Nord – Westphalie qui a permis la construction du complexe de la Station Biologique.Celle
-ci fut inaugurée le 20 novembre 1993. Ce complexe comprend des bureaux, un laboratoire, une bibliothèque, une salle de réunion, un restaurant et une cuisine, des logements pour chercheurs, étudiants, personnels de service et pour le Directeur.


©Jean Claude Lehoucq 2014- Toute reproduction interdite